Mordre la vie

La première idée qui me passe par la tête en ce matin, est la nourriture. Pas n’importe laquelle, quelque chose de durable, quelque chose de puissant.

C’est ainsi que dans ma quête d’appliquer mon idée je me lance dans une course folle : je ferme les yeux et imagine mon histoire dans un rêve que je provoque. Assise sur une terrasse, je contemple la vie, les hommes, les animaux.Je contemple le cosmos dans sa forme et dans son fond et je me tais.

Dehors, la vie respire. Il y a de tout en ce dimanche de mai.
Le printemps timide jongle avec les nuages au dessus de moi et le spectacle me laisse sans voix. La vie. Ces deux mots viennent de me gifler. Pourquoi maintenant ? Pourquoi ? J’y réfléchis en marchant sur les places, en parlant avec ces habitants des rues. Ils en ont des histoires à raconter.  Je les appelle                     « Témoins extérieurs ». J’approuve leurs désarrois et passe mon temps à essayer de comprendre, de lire dans leurs yeux leurs histoires et leurs rêves. Chez certains, c’est le vide qui m’accueille. Chez d’autres c’est le souffle de l’espoir, celui de la vie. Ils ne me comprennent pas. La vie se dresse devant moi, encore une fois, au coin d’une rue…

Je la vois, belle dans sa robe aux milles couleurs. Sa peau n’est ni blanche, ni noire. En fait, c’est un mélange de tout ce qui peut exister. Se sont les plus belles couleurs. Je reste muette. Seule mes yeux lui parlent et décident de la suivre. Sur le marché, tout s’enchaine. Les femmes et les hommes se poussent pour des fruits et légumes ou pour des vêtements. Ils ne font même plus attention à elle, celle que j’observe depuis ce matin. Je ne la vois plus. Je reste là, plantée entre des oranges et des bananes. Je ne sais pas quoi faire. J’ai faim. Je décide alors d’entrer dans le premier restaurant que je croiserai. Peu importe la qualité, je n’en peux plus. Une serveuse se dirige vers moi un sourire aux lèvres :

– Que puis-je fais pour vous ?
– J’ai faim.
– Je vous apporte la carte madame. Un instant.

Et voilà que je tiens dans mes mains un nombre impressionnant de repas. J’ai le choix. Alors je commence par une lecture appuyée de chaque aliment. J’essaye de voir ce qui me correspond le plus. Je ne veux rien manger d’autres que la vie. Je veux la mordre.

– Avez-vous choisi ? Me demande-t-elle quelques instants plus tard.
– Oui. Du poisson. Du vivant. Pas cuit.
– Pardon ? Du vivant ? Mais, ce n’est pas possible.
Je veux mordre la vie ; à pleine dent.

Quelques instants plus tard, la voilà revenir avec le plus beau des poissons que je n’avais encore jamais vu. Il se dressait là devant moi. Son regard me suppliait de l’épargner mais ma soif d’être, de vivre l’emporta sur la raison. Je le tiens dans mes mains et dans son effort, comme s’il comprenait ce qui lui arrivait, essaye de se dégager. Je sens sur moi des regards se poser. Je sens que les hommes ne me comprennent. Tant pis.

Image: source: Google.

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